Pourquoi un bon artiste studio devrait être un bon artiste live ?

La tendance s’est naturalisée : un artiste sort un album – il tourne. Certains comme Linda Lemay font des feintes : elle tourne et « roade » ses chansons en concert, puis les enregistre. Ok, l’un et l’autre semblent indissociables comme les deux faces d’une même pièce.

En outre, le crédit porté aux « bons » artistes (entendons les artistes que l’on aime) passe nécessairement par le concert : « lui il donne tout ce qu’il a », « cet artiste est d’une générosité sur scène ! », « il est généreux, avec une forte présence », peut-on entendre souvent. La qualité d’un artiste passerait donc en partie par l’authenticité de sa musique, perceptible notamment lors du concert. Étonnant, car, étymologiquement, l’authenticité se prête à celui « qui exprime une vérité profonde de l’individu et non des habitudes superficielles, des conventions ». Beaucoup de gens qui chantent faux et de musiciens-amateurs au doigté imprécis sont tout aussi sincères dans l’intention de la musique qu’ils livrent que Jean-Louis Aubert ou les Pink Floyd. Donc avancer des arguments autour de l’authenticité comme gage de qualité ne semble pas convaincant.

Or ces bons clients de la scène ont en plus la primeur d’être moins « téléchargeables » illégalement (dans les discours en tout cas), car ils sont authentiques, eux. Ben oui…

De l’album à la scène, on n’imagine pas qu’un artiste fasse une carrière à sortir album sur album, sans les proposer à un public sur scène. Pourquoi ?

Les artistes se livrent depuis des décennies à un double jeu (comme diraient Michel Berger ou Christophe Willem, selon) alors même que ce sont deux métiers différents. Et ce pour plusieurs raisons.

1/ La construction esthétique d’une musique en studio ne peut nécessairement pas être comparable à la construction esthétique d’une musique sur scène dans la mesure où les deux ne sont pas délivrées dans le même contexte et par le même médium. Voilà en partie pourquoi, beaucoup de spectateurs sont déçus en sortant d’un concert parce que l’artiste a « refait les chansons de l’album ». Associer les deux, revient à attendre d’un artiste qu’il soit aussi fin producteurs d’orchestration (choix des sons, des instruments, en studio) que showman dans la performance (en live). Or ce n’est pas évident que quand on a une de ces deux compétences, l’autre suive de facto ;

2/  Ensuite, le métier de chanteur en studio ne nécessite pas l’apprentissage d’une mise en espace de son corps et de sa musique, que l’on pourrait plus facilement attribuée à un acteur. Malgré tous les metteurs en scène existants (dont la plupart viennent du théâtre… tiens tiens), il n’est pas évident pour qui a une belle voix de savoir bouger son corps pour faire « chavirer les foules ». Pourtant, certains artistes, populaires, ayant emporté les faveurs d’un public dans la vente de leurs CD, sont moqués par leur immobilité sur scène. Peut-on vraiment leur reprocher ? ;

3/ Enfin, certaines chansons studio ne sont pas faites pour passer en live, et inversement. Combien de fois sommes-nous déçu.es par une chanson en live, que vous aimiez tant sur l’album : « Là, il manquait un truc ». À l’inverse, combien de fois, une fois sur scène avons-nous été frappé.es par une chanson qui était passée assez inaperçue sur l’album : « j’ai eu l’impression de la comprendre vraiment à ce moment-là ». Il faudrait être capable de traiter ces deux versions de cette même oeuvre (qui est donc plurielle) de manières indépendantes. Un peu comme un roman et son adaptation cinématographique. Pas évident…

Cela explique peut-être en partie l’incompréhension d’une génération face à un genre comme l’électro. Le DJ, prostré derrière une banque de boutons, un doigt levé au ciel, le coup cassé en deux par son demi-casque ne correspond forcément pas aux critères de performances acquis dans d’autres types de concert. Pour autant, l’expérience et le plaisir sont bien là. Se développent alors d’autres mécanismes (le vidjing par exemple) pour réattribuer les codes de la performance live.

Un artiste apprécié pour ces albums n’est donc pas forcément un performeur sur scène. Et inversement. Pourtant, il est souvent attendu que cette même personne acquiert les deux compétences simultanément. Peut-être une réponse à l’augmentation des formations pluridisciplinaires des métiers artistiques liées à la musique. Mais ne serait-il pas préférable de se concentrer et de se consacrer qu’à un seul de ces deux métiers ? Et surtout, à quand un artiste populaire qui ne bâtirait sa notoriété que sur ces albums studio (ce qui, économiquement, serait une grossière erreur !) ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s