Un forfait de téléphone qui rétribue la création et rembourse son téléphone ?

C’est à la suite d’une conférence de Dominique Wolton que le paradoxe fut le plus éclairant : « il faut quand même être un peu dingo, on paye les tuyaux une fortune, et on exige la gratuité des contenus » ! Les faits sont là : la jeune génération change de téléphone et d’ordinateur a une vitesse déconcertante. Les fameux smartphones sont renouvelés en moyenne tous les deux ans, alors qu’ils valent une fortune au départ. Et ils s’accumulent : un téléphone portable + un forfait, un ordinateur + un abonnement, un lecteur mp3, un casque ou des écouteurs, parfois même une tablette. Une chose m’a frappé dans ma thèse : le taux d’équipement des jeunes. Ils sont très (sur- ?) équipés. Et d’après ce que j’ai pu voir, le milieu social n’est pas une variable fortement interprétative sur cette question : ce n’est pas dans les milieux défavorisés que l’on trouve le moins d’équipements numériques. Cette question relève presque plus d’une valeur familiale que les parents tentent de transmettre en retardant au maximum l’achat d’équipements, l’ouverture d’un compte sur les réseaux sociaux ou la connexion dans la chambre.

Du côté des contenus, comment interpréter le désintérêt d’un investissement pour la création ? On peut invoquer le téléchargement illégal (au potentiel fortement peu heuristique), et puis quoi ? Youtube, et plus généralement les effets de réseau, a certainement fortement polarisé les représentations sur la question de la gratuité. Concernant la musique, j’ai été frappé de voir que si les jeunes ne financent plus ou presque la musique enregistrée, la demie-génération du dessus (leurs grands frères et grandes soeurs) contenu d’acheter des CD, pour offrir aux grandes occasions, ou pour faire découvrir à un proche. Comment a-t-on pu si rapidement renverser la tendance ? Si les parents financent les équipements numériques, pourquoi « oublient-ils » d’investir aussi dans les contenus ? Espérons qu’il s’agisse d’un effet d’âge (plus grand ils auront les moyens et l’envie d’investir à nouveau) et non d’un effet générationnel…

Dans un monde parfait, la gratuité devrait être attachée aux équipements, aux tuyaux, et ce sont les contenus qui devraient se payer cher, car ils sont toujours construits, le fruit d’un travail, derrière lequel est un homme ou une femme. C’est en tout cas ce qu’appel de ses vœux Dominique Wolton dans l’idéal d’une démocratisation de l’identité culturelle.

Alors, ne pourrait-on pas imaginer un forfait de téléphone ou un abonnement internet qui rembourse l’équipement à chaque fois que le consommateur fait la démarche d’un investissement dans un abonnement culturel – achat d’un album qu’il soit physique ou digital, achat d’une place de concert ou d’un abonnement en concerts ou festival ? Ne peut-on pas penser un abonnement internet dont l’achat de l’ordinateur serait déduit du nombre d’abonnements dans les cinémas, les théâtres, les opéras, les salles de concerts. Et je ne parle pas d’une simple offre Deezer ou Spotify avec un abonnement Bouygues ou SFR, dont on ne sait pas la plupart du temps qu’elle fait partie de notre abonnement. Enfin les revenus engendrés par la publicité ne devraient-ils moralement pas revenir au moins majoritairement à son créateur ?

Je ne suis pas économiste et tout ceci n’est qu’une théorie à affiner, mais il est temps politiquement de renverser les représentations pour nous amener à comprendre qu’un téléphone portable n’est qu’un téléphone portable, alors qu’un travail de création doit, d’une façon ou d’une autre, se rémunérer (peut-être pas dans les cadres du droit d’auteur contemporain), car la création ne peut être, à l’heure actuelle du moins, un service entièrement public. En tentant d’associer les industries des télécoms pour leur montrer qu’elles ont intérêt à investir dans des contenus on parviendrait réenclencher certains mécanismes d’acculturation en berne. Cela passe évidemment par une taxe significative des équipements et des supports. Cela signifie aussi de laisser les télécoms en dehors des contenus. Le risque est de voir associer une offre où les « tuyaux » et les contenus seraient intimement liés, concentrant alors l’offre culturelle.

Long is the road…

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