Quand la musique va-t-elle (vraiment) passer au numérique ?

3520849760d3827e89d4a98a21e50f8b-0-628-442-3692004Pendant qu’André Manoukian parle du far-west, que les ventes numériques décollent mais ne compensent toujours pas les pertes, qu’on nous vend le « grand retour » du vinyle et que le modèle du streaming est attendu comme le messie, on ne comprend pas grand-chose de cette « révolution » numérique ! Bien sûr, les modes de production et de diffusion, les médias et les pratiques de réception se sont modifiés. Pour autant, la musique est-elle vraiment passée au numérique ? Pas si évident…

Le secteur de la BD a distingué deux digital turn : les lecteurs, avertis ou non, attachent beaucoup d’importance à dissocier les BD numérisées des BD numériques. La BD numérisée est une BD papier qui a été scannée. Elle est d’ailleurs soumise à quelques problèmes de piratage (tiens, ça nous rappelle quelque chose ?!). La BD numérique est pensée à partir du web, elle est une négociation permanente entre les attentes des lecteurs historiquement établis par le support papier et les possibilités du support numérique.

A réfléchir en ces termes, on gagne à comprendre ce qui se joue dans le secteur musical. Vendre de la musique numérisée, aujourd’hui tout le monde sait le faire. Mais d’après les ventes numériques, il ne semble pas que l’avantage concurrentiel que les discours révolutionnaires sur le numérique nous vendent soit un argument suffisamment pour tous les musicophiles qui sont passés au numérique. La différence entre une expérience de musique numérique légale et illégale ? Aucune… Quelques cas isolés d’artistes l’ont bien compris. Quand on s’appelle Björk et qu’on sort un album en 10 applications d’iPad (ok c’est Apple…), on peut affirmer qu’on fait de la musique numérique, c’est-à-dire une musique native du numérique : pensée par et pour ce support et non calquée sur le rétroviseur analogique puis numérisée.

Ça présente deux avantages non négligeables :

– Tout d’abord cela participe très fortement du phénomène « expérientiel », c’est-à-dire de la création d’un moment, d’un hic et nunc, particulier qui va permettre au musicophile de se sentir choyé par une expérience (supposée et relativement) unique. Et producteur (soit Dieu) sait que c’est important de choyer un musicophile ;

– Ensuite ces dispositifs, parce qu’ils sont pensés en permanence de manière innovante, sont par définition instables. Ils ont donc beaucoup plus de chance d’échapper au piratage parce qu’ils éclatent tous les modèles de diffusion et de partage, hors des cadres légaux dans lesquels ils ont été établis : télécharger un album de 10 applications, comment on fait ? Cet avantage est tout à fait théorique, mais tout de même…

La musique numérisée c’est bien, mais la musique numérique c’est mieux. Comme dit Stromae, Alors on s’lance ?

—–

Merci à P.Pao. pour sa réflexion.

 

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