Concentration ou hyper-spécialisation du goût ?

cardio music

Un article très intéressant de Sylvie Octobre démontre qu’à mesure qu’ils grandissent, les adolescents natifs du numérique – à distinguer de l’expression digital natives – acquièrent une véritable compétence musicale – au sens de l’écoute et non de la pratique. C’est ce que j’ai pu moi-même noter dans mes observations : leurs play-list de mp3 est surprenante d’éclectisme, après 13 ans environ.

La première question à laquelle il est difficile de répondre est de savoir si cette diversification de l’écoute, et donc du goût, en avançant dans l’âge est – aussi – due au numérique. Malheureusement, nous avons peu d’éléments comparatifs pour en apporter la preuve. On peut simplement émettre l’hypothèse que, là encore, le numérique est un catalyseur, allant en ce sens.

Un paradoxe survient pourtant : si quelques études montrent une spécialisation du goût, d’autres font la part belle à sa concentration dans notre société hyper-médiatique. Il n’y a qu’à voir les audiences des clips de Justin Bieber ou de Psy, dépassant le milliards de vues sur Youtube, pour admettre que les processus de starification contemporains sont de plus en plus solides.

Que répondre à cela ? On peut poser trois hypothèses :

– le première serait une réponse méthodologique : en effet, les études quantitatives concluent plus facilement vers la concentration du goût, tandis que les études qualitatives s’orientent plus vers la preuve d’une spécialisation du goût. Il faudrait donc trancher cette incompatibilité, en prenant un même objet, et le traiter selon les deux méthodologies pour comprendre où la rupture se crée.

– la deuxième serait de penser que, puisque c’est en grandissant que l’on diversifie ses goûts, les phénomènes de concentration – de vues ou d’écoutes – sont plutôt le fruit d’un public « jeunissant ».

– enfin l’hypothèse la plus probable est de comprendre que les phénomènes d’hyper-spécialisation et de concentration ne semblent pas incompatibles, dès lors que l’on ne leur attribue pas automatiquement une fonction d’adhésion émotionnelle. En effet, ce n’est pas parce que l’on voit la vidéo de Justin Bieber qu’on l’aime – certains internautes ne se rendent sur sa page que pour « unliker » son clip. De même, ce n’est pas parce que l’on écoute un groupe très peu connu du grand public, que ne se jouent pas des questions d’insertion sociale et de légitimer dans une groupe de pairs, loin des seuls conditionnements du goût.

Il est donc intéressant de noter que face aux deux discours opposés concernant les pratiques numériques, l’un allant vers un « angélisme technologique », l’autre vers le déni d’une génération sans valeur culturelle, le recul est nécessaire pour éviter un conditionnement des discours trop manichéens.

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