Le numérique dans tous ses maux… n’est qu’une barrière

barrièreC’est en écoutant une émission de France Culture intitulée « Culture numérique et jeunesse inculte », que Ze idée a été émise : « Le numeric turn est moins un changement de culture, qu’un changement de rapport à la culture ». Tout est dit.

Il faut déjà faire une effort quasi quotidien pour reprendre tout technocrate utopiste qui parle de « révolution » numérique, de « changement » au numérique, d’un avant et d’un après. Ces mots, qui ne sont certes que des mots, sont aussi des maux (pardon pour le jeu de…) et concentre tout l’engouement souvent hâtif que représente le numérique dans notre société occidentale contemporaine.

Le numérique est-il un virage ? Cela signifierait un changement de cap, une autre direction. Or le numérique n’est pas venu modifier la trajectoire de notre société. Il s’est simplement irrigué en elle pour en modifier les usages et les pratiques. D’autres préfèrent parler de « régime » numérique. Cette terminologie est intéressante parce qu’elle peut se lier au champ lexical du moteur. Et c’est peut-être ce qui caractérise le mieux le numérique : un moteur de notre société. Comme tout moteur, il accélère un certain nombre de phénomènes, il peut tourner en sous-régime ou en sur-régime, il entraîne dans son sillon des conséquences volontaires ou non, on peut faire le choix de ne pas l’utiliser. Reste ceux qui parlent de « l’heure » ou de « l’ère » du numérique : qu’il soit temps ou espace, le numérique s’est soit-disant prononcé en faveur de la nouvelle génération.

Et c’est très à la mode de catégoriser les générations. Il y a les seniors, dont il ne faut pas oublier qu’ils sont actifs et pour certains – une part de plus en plus importante – tout à fait connectés. Il y a les différentes tranches d’âges – 25/35, 35/45, 45/55 – qui représentent un flou artistique pour tous les instituts de sondage tant leur pratiques liées au numérique se confondent. Et puis il y a cette fameuse « génération Y », affublée d’une telle généralisation parce qu’elle passerait plus de temps à porter des écouteurs qu’à écouter ses pères.

Pourtant, à tout âge, et dans toutes ces catégories, on connaît tous quelqu’un ou quelqu’une qui a su se saisir du numérique pour en faire un-quelque-chose-à-sa-sauce-qui-l’arrange-et-dont-il-ou-elle-est-plutôt-fier.e. Cela signifie deux choses : la première est que « LE numérique » n’existe pas. Nous avons tous des pratiques liées au numériques tout à fait différenciées selon les médias que l’on utilise, et qui diffèrent selon chaque individu. Si certains vont très loin dans leur pratiques liées au numérique dans la musique, ils sont ignares en matière de télé connectée. D’autres préféreront poussés sur les jeux vidéos au détriment des séries télé.

La deuxième est qu’en effet, la question des pratiques liées au numérique n’est pas explicable par la notion de génération puisque le numérique est mois un changement de culture, qu’un changement de rapport à la culture. Le numérique n’est pas une finalité – contrairement à tous les discours que l’on capte dans l’inconscient collectif – mais un outil de médiation. Il est une sorte de filtre, de paire de lunette. Il modifie en profondeur nos rapports ou la vision que l’on a des objets culturels, mais il ne les modifie en rien, intrinsèquement.

A toutes celles et ceux qui pensent alors être « de l’autre côté de la barrière du numérique » comme on l’entend souvent, ne pensez pas que le numérique est dans le pré d’à côté, le numérique est simplement le barbelé électrifié que vous avez du mal à franchir.

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