Le fragment du fragment

téléchargementD’où provient cette faculté à l’industrie de la musique et du divertissement à se tirer une balle dans le pied ?

On le sait, la digitalisation des contenus (musicaux, entre autres) est venu fragmenter les oeuvres. D’un vinyle dont on était obligé d’écouter l’entièreté de l’album, nous sommes passés à l’ère du CD et ses pistes « nextables ». Les équipements baladeurs audionumériques (walkman d’abord, lecteur mp3, puis téléphone portable ensuite), n’ont fait que prolonger ce que l’expérience du CD ne proposait déjà. Pierre François projette cette réflexion dans la possibilité laissée aux auditeurs de créer leur propre playlist (FRANCOIS, 2008, p.19).

Mais à l’époque encore, on achetait physiquement tout un album. Et puis Appel est arrivé… sans se presser… Le coup dure asséné par la major des équipements fut, non pas le prix unique de 0,99 cents par piste et 9,99 € par album, mais la nouvelle opportunité pour les consommateurs de pouvoir télécharger n’importe quelle piste de l’album à l’unité. Avant cela, il existait une analogie de chronologie des médias. Il fallait sortir entre un et quatre singles qui faisaient une grande partie du travail de promotion de l’album. Cette chronologie n’existe plus puisque, dès lors qu’un album sort sur Itunes, toutes les pistes sont des singles potentiels.

On a donc perdu un peu plus l’intérêt de l’album comme une oeuvre esthétique globale.

Nouvelle-Star

Evidemment ça ne s’arrête pas là. En regardant le très regardé programme de La Nouvelle Star hier sur D8, j’ai été frappé de voir que les candidats n’avaient même pas le temps de chanter une chanson en son entier ! Étonnant pour un programme musical…?! Et cela m’a bien-sûr fait penser à ce que les radios musicales elles-mêmes pratiquent, à savoir le taillage en gros (et en gras) dans les chansons qu’elles diffusent.

Si je résume donc : je suis un programme télé ou radio dont les oeuvres musicales sont le ciment de ma programmation, et je me permets de ne pas tout donner de l’oeuvre mais juste un morceau du morceau.

Il n’y a vraiment que l’industrie musicale pour accepter ça !

Il me semble qu’on n’a jamais vu un musée présenter une moitié de tableau : imaginez La Joconde sans son sourire. Il me semble aussi qu’aucun cinéma ne coupe la scène un peu longue d’un film sous prétexte de temps ou de rentabilité. Mieux encore : quel tollé ce serait si on ne diffusait que le best-of d’un match de foot, de rugby ou de tennis !

Certes, de toutes ces comparaisons, seul l’album peut (et encore, question de principe) se découper en chansons, ce qui n’est pas le cas de mes autres exemples. Mais on assiste à une dérive des diffuseurs et des programmateurs de plus en plus tranchée, loin des faveurs de l’oeuvre musicale originelle et de l’artiste l’ayant enfantée.

A quand la sortie d’un best-of de best-of : on nous passerait que quelques dizaines de secondes des meilleurs chansons d’un artiste ?

Allons allons, mesdames et messieurs et les diffuseurs : soyez un peu sérieux, exigeants et respectueux. Lorsque vous diffusez une chanson (qui a déjà été diffusée des centaines de fois sur votre radio ou votre télé), ayez au moins l’obligeance de la programmer dans son entièreté, sans vous réfugier derrière des statistiques de rentabilité, de gain de temps ou pire, de temps d’écoute des consommateurs soit-disant volatiles. Ce ne sont pas des arguments très culturels…

——————–

Pierre FRANCOIS, La musique, une industrie, des pratiques, La documentation française, Paris, 2008, 147 p.

Publicités

Une réflexion sur “Le fragment du fragment

  1. « A quand la sortie d’un best-of de best-of : on nous passerait que quelques dizaines de secondes des meilleurs chansons d’un artiste ? »

    Finalement, c’est déjà un peu le cas avec la mode des « blind tests », non ? 🙂
    Merci pour cet article !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s