« Say my name, Say my name… » , dialogie commerciale et artistique du nom de scène 7/7

Une autre entrée pourrait approcher le phénomène de cette nouvelle population sous l’égide de la médiatisation. L’intérêt d’une telle catégorisation permet d’évacuer la question de la compétence. L’on sait déjà qu’en matière d’art et de culture, il est peu fortuit de s’aventurer sur le terrain d’une quelconque hiérarchisation des valeurs. Dans le domaine des cultures populaires les plus massifiantes, comme celles des cultures dites « savantes » les plus élitistes, même les critiques les plus avisées – elles-mêmes remplacées par des critiques moins légitimes et néanmoins pourtant parfois plus consultées – ne se privent pas de savoir que leur regard consiste non moins en l’expression de leur avis, qu’à la justification d’une (absence d’) esthétique. Parler des amateurs comme de personnalités non légitimes en terme de formation, mais légitimes en terme de médiatisation nous paraît beaucoup plus juste. Car, qu’une musique touche ou non, qu’une compétence soit reconnue ou non, lorsqu’une personnalité est médiatisée, elle est de fait reconnue et partagée par une communauté donnée, aussi restreinte soit-elle. Dès lors, elle fait partie d’un patrimoine de valeurs – selon un instant, il est vrai, de plus en plus court – avec lequel on va pouvoir partager, échanger avec nos réseaux de sociabilité.

Dit autrement, la question n’est pas de savoir si Justin Bieber est un bon chanteur. La question n’est pas non plus de savoir que sur le milliard et demi de son clip-vidéo consulté sur Youtube, plus de la moitié ont « unliké »[1] le tube de la nouvelle coqueluche canadienne. L’intérêt de ce type de personnalité est qu’il est parvenu, par des moyens historiquement détournés, à se faire connaître et pouvoir faire converger de multiples conversations dans des contextes pléthoriques.

Tout comme Baudrillard (1970) parle de consommativité en évoquant le potentiel d’un lieu, d’un nom, d’un objet à pouvoir être consommé, on pourrait adapter ce concept aux nouveaux amateurs en parlant de leur « médiattractivité » : leur capacité ou leur potentiel à devenir médiatique. A l’ère universitaire où il est question de faire attention à toutes les subcultures, que ce soit celles des classes sociales ou celles des cultures jeunes en passant par les gender studies, donc à La Réception, à toutes les réceptions, à toutes les pratiques médiatiques et culturelles jusqu’ici prétendues illégitimes par l’histoire de notre sociologie française, la qualité en tant que compétence, artistique ou culturelle, ne peut plus être une variable d’observation.

L’enjeu premier pour tout artiste qui souhaite vivre de sa musique populaire est avant tout dans la visibilité et la médiatisation qu’il tente de conquérir. Il est donc nécessaire, pour chacun d’entre eux, de pouvoir se constituer un potentiel de médiatisation qui leur permettra, dans un second temps, et de manière non systématique, de pouvoir être rémunéré pour leur musique.

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que cette « médiattractivité » est aujourd’hui décuplée par la diversité des moyens qui peuvent la mettre en œuvre de manière, historiquement encore une fois, illégitime. Myspace, Facebook et autre ventesprivées.com[2], génériquement Internet, ont rendu cela possible. Pourtant, et c’est très largement le cas en musique, si ces nouveaux canaux de médiatisation permettent leur émergence, ces stars qui en connaissent la gloire préfèrent délaisser ces médias jugés peu fiables et souvent éphémères, pour s’inscrire dans la boucle de médiatisation – télévision, radio – et de production – majors – historiques. Le traumatisme de la bulle spéculative et la fugacité des sites d’intermédiation musicale font d’Internet un moyen incontournable pour tenter sa chance d’éclore médiatiquement, mais certainement pas une possibilité de s’y produire sur le long terme.


[1] Sur chaque vidéo Youtube, comme sur la plupart des contenus internet d’aujourd’hui, est donnée la possibilité aux internautes de partager ces liens via leur compte Facebook en cliquant sur l’icône « like » ou « unlike ».

[2] Certains artistes ont forgé leur début de carrière, ou ont pu la prolonger grâce à ces plateformes numériques. C’est le cas d’Artcic Monkeys ou Franz Ferdinand qui se sont fait connaître sur internet, ou encore Patricia Kaas, Cerrone ou bien Florent Pagny qui ont mis en vente des albums ou des places de concert sur le site ventesprivees.com

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