« Say my name, Say my name… » , dialogie commerciale et artistique du nom de scène 5/7

Dialogie artistique et commerciale

Qu’il soit pour masquer une identité – Maurice Benguigui alias Patrick Bruel qui souhaitait franciser son nom de scène – ou s’en recréer une autre – Jean-Michel Smet alias Johnny Hallyday qui a voulu américaniser le sien pour coller au mieux au rock’n’roll qu’il a défendu tout au long de sa carrière –, qu’il soit un hommage – Les Rolling Stones[1] et Lady gaga ont souhaité rendre hommage aux chansons, respectivement, « Rollin’ Stone » de Muddy Waters et « Radio Gaga » de Queen –, qu’il soit représentatif du caractère du groupe – Jennifer Aïach, leader de Superbus, raconte comment elle est tombée sur ce mot dans un dictionnaire de latin et combien sa traduction (emphatique, grandiloquent) lui semblait identifier au mieux l’esprit de son groupe –, ou enfin qu’il soit le fruit du hasard – le groupe Ghinzu ayant signé dans une maison de disque sans avoir de nom de scène a eu une nuit pour le trouver. N’en trouvant aucun qui satisfaisait tous les membres, c’est une publicité pour un couteau « Ghinzu 2000 » sur la télévision en fond sonore de leur discussion qui a posé un choix unanime –, choisis ou de manière fortuite, les noms de scène sont et font l’histoire de ces artistes et de ces groupes.

Mais à en croire l’actualité judiciaire de la filière musicale, le nom de scène est un bien que l’on ne peut plagier. Les noms de scène peuvent-ils suivre le même chemin juridique que les marques ? Matt Houston, rappeur de la fin des années 90 a assigné en justice Matt Pokora, gagnant du télé-crochet Pop Star de 2003, pour concurrence déloyale à cause de leurs pseudonymes trop proches phonétiquement. Dès le début de l’instruction, Matt Pokora change son nom de scène en M. Pokora pour lever toute ambigüité. Pourtant, la justice donnera raison à ce dernier laissant le rappeur à son ambition d’être le seul « Matt » de l’industrie musicale. M. Pokora ne reprendra cependant jamais son ancien nom de scène puisque c’est sous ce pseudonyme M. Pokora qu’il connaîtra ses premiers records de vente[2].

Dès lors que le nom de scène est un enjeu commercial au potentiel économique certain, il est aisé de comprendre que les sociétés de production soient précautionneuses à ce sujet. En témoignent, en outre, les sociétés de production télévisuelles qui n’hésitent pas à changer les noms des candidats des télé-crochets dès les fameuses phases « d’audition », en prévision de leur éventuelle explosion médiatique.

Les noms de scène ont donc lentement glissé d’une décision de l’artiste vers une décision de plus en plus accaparée par le pôle production de la filière.


[1] Eux-même repris pour donner le nom au célèbre magazine de presse spécialisée.

[2] Une autre affaire est en cours entre un groupe de rock américain « One Direction » qui dit avoir une antériorité artistique et médiatique face au nouveau groupe « One Direction », sortant du télé-crochet X-Factor britannique de 2010. L’homonymie étant paroxysmique, il sera intéressant de voir si la justice américaine demandera à l’un ou l’autre de changer son nom de scène.

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