« Say my name, Say my name… » , dialogie commerciale et artistique du nom de scène 2/7

Eléments de contexte

Le passage au numérique est venu bouleverser notre « musicalisation » du quotidien (Le Guern, 2012), des artistes aux auditeurs, en passant par les producteurs. Sans pour autant parler de révolution, ce digital turn a redéfini en profondeur la place de ces trois protagonistes et par voie de conséquence, réactualise à sa manière leur rapport entre eux et la notion de starification.

L’année 2002, posée arbitrairement, peut faire office de point de bascule, puisque c’est à cette date-là que les abonnements haut-débit explosent en France. Non pas que cette année marque un avant et un après dans les pratiques médiatiques musicales, mais c’est aux environs de celle-ci que l’on peut voir se cristalliser un certain nombre de concepts, qu’ils soient nouveaux ou adaptés de l’ère analogique.

Les nouvelles stars, avides de médiatisation

Durant cette période, des progrès techniques et technologiques conséquents[1] ont mené à une réduction des coûts significative des équipements d’audition (lecteur mp3, téléphone portable, casque audio), mais aussi de production audio – en software, comme en hardware. Certains audiophiles ne sont plus de simples auditeurs, mais se mettent à produire du son, comme des artistes, voire même, se revendiquent artistes. Cette population va se densifier au cours des années 2000, trouvant des moyens de plus en plus diversifiés de faire connaître sa musique – ou parfois sa voix.

La télévision est alors génitrice de nombreuses émissions de type « télé-crochet ». Pour ne citer que celles programmées sur les chaînes nationales, il y eut Star Académy, La nouvelle Star, Incroyable talent, Pop Star, X-Factor et dernièrement The Voice. Chacune de ces émissions a connu entre une et neuf saisons ; chacune d’entre elles a auditionné des dizaines de milliers de candidats. Autre grand média qui a rendu accessible la médiatisation de tous : Internet. Myspace, Youtube ou encore la plateforme de téléchargement de musique libre de droit, Jamendo – et il en existe bien d’autres – sont autant de canaux qui ont permis de faire émerger des artistes jusqu’alors inconnus, et désormais médiatisés, voire médiatiques. Cette démocratisation de la célébrité grâce à Internet (Marshall, 2006) est venue sacraliser ce média, comme appartenant à une population non starisée, les amateurs, dont nous reparlerons ensuite.

Ces success stories étaient pourtant peu prises au sérieux à leur commencement. Souvent qualifiées de « stars éphémères » ou de « chanteurs de bars » par la presse spécialisée, certains de ces artistes ont dû prouver par la continuité de leur carrière artistique, leur propension à fédérer un public et leur capacité à s’être fait accepter par leurs pairs, que ce n’est pas le média qui fait l’artiste, mais le média fait émerger l’artiste. La suite de sa médiatisation et de sa carrière dépend moins du médium que d’un certain nombre de critères, souvent performatifs – que ce soit artistiquement, humainement et économiquement – délégués tour à tour par diverses populations – le public, les journalistes, les producteurs, les agents, les artistes eux-mêmes, etc.

Tout ces micro-exemples ont provoqué de manière globale une massification du phénomène de starification. Il existe aujourd’hui beaucoup plus de moyens de se rendre visible, de se faire connaître, notamment grâce à la digitalisation de la filière, que dans les années quatre-vingt, où tout dépendait alors des programmateurs de quelques stations de radios musicales.


[1] Ces progrès ont été théorisés notamment grâce aux lois de Moore et Gidler.

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