« Si j’étais président », les meilleures déclarations du débat sur la culture à l’ère du numérique

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« Quelques bonnes déclarations valant mieux qu’un long discours, nous vous proposons de revivre, presque en direct, le débat organisé par l’Adami hier, mercredi 22 février, à la Gaîté Lyrique, « Si J’étais président, Les programmes culture/numérique des candidats ». Ce débat animé par un journaliste d’ElectronLibre, réunissait les représentants des partis dits de « gouvernement« , comme l’avait indiqué l’Adami.

18.17 – Ouverture par Philippe Ogouz, président du CA de l’Adami (et ancienne voix de Capitaine Flam, pour la petite histoire)

18.18 – la question de la rémunération des artistes, dramatique, n’a jamais été véritablement abordée sur le numérique, l’Adami veut mettre ce thème sur la table, car les artistes ne doivent pas nécessairement être pauvres.

18.20 – présentation du panel : Aurélie Filipetti, en charge du programme numérique de François Hollande ; Franck Riester, UMP ; Alain Hayot du Front de Gauche ; Arnaud Dassier, représentant le Modem ; et Hervé Perard de Europe Écologie Les Verts.

La culture est un bien commun

18.22 – première question posée par Emmanuel Torregano, modérateur du débat : comment les participants voient-ils le rôle de l’Etat sur le numérique ?

18.23 – Aurélie Filipetti répond : il y a un côté mystérieux à la culture qui est la création, mais aussi un côté pratique économique, qui est nécessaire. Rôle de l’état : permettre au citoyen de se former à la culture, indépendamment des moyens de sa famille, et de se former au processus de création, y compris en ce qui concerne la rémunération des créateurs. Aussi : aller chercher comme clients de la culture des publics qui n’y ont pas normalement accès.

18.27 – Alain Hayot : il faut réaffirmer que la culture est un bien commun, dont la nécessité s’est construite de manière consensuelle en France. Mais aujourd’hui on fait face au démantèlement du service public de la culture. Les politiques publiques en la matière on été essentiellement accompagnées par la gauche. Le bilan est catastrophique. Il faut réaffirmer la nécessité, l’urgence de la refondation de l’intervention de la puissance publique en matière culturelle. Le numérique est une révolution technologique mais aussi anthropologique. Il permet de démultiplier la pensée et le partage. Le numérique n’est pas seulement lié à l’économie du culturel, mais aussi à ses fondements de principe. Il faut assumer cette révolution de manière positive. Il faut y garantir la liberté de création, et de circulation des œuvres, tout en garantissant une juste rémunération des artistes. Il faut inventer autre chose que les solutions commerciales qui sont considérées de nos jours.

18.34 – Hervé Pérard : il faut une société fonctionnant de manière plus durable, et dans cette optique la culture est essentielle, car il s’agit d’une activité humaine positive pour l’individu et non prédatrice pour l’environnement. Il faut une économie sociale et solidaire, et donc une économie plus durable entre les créateurs et les consommateurs de la culture. Ceci ne passe pas nécessairement par l’adoption trop tôt de lois. L’Etat doit en revanche accompagner l’émergence d’innovation dans le domaine de la culture. Il faut que l’Etat veille à ce que ses activités dans le domaine coexistent avec les activités cultures dans le secteur privé et dans le secteur ’indépendant’.

Désintermédiation

18.40 – Arnaud Dassier : le numérique est un choc de désintermédiation dans le domaine de la culture. Le rôle de l’Etat est d’accompagner, d’accélérer cette mutation, d’aider les acteurs à passer un mauvais moment, et de veiller au respect de l’équité entre les acteurs du domaine, pour que ceux qui en profitent n’accaparent pas une part trop importante dans ce moment de déséquilibre. Il faudrait que l’Etat facilite la mise en place d’un guichet unique pour la rémuneration des droits d’auteur, afin que ceux qui veulent utiliser des œuvres puissent s’y retrouver facilement.

18.47 – Franck Riester : le candidat Sarkozy veut faire de la culture le ciment de son programme, et c’est lui qui donnera ses propositions en la matière. Pour l’essentiel, il faut encore améliorer le financement de la culture, qui a augmenté de 20% en cinq ans (la salle s’esclaffe). Monsieur Riester défend le bilan de Nicolas Sarkozy en matière culturelle, et en particulier l’Hadopi. Il dit que les cadres créés avant le numérique pour protéger la culture doivent inspirer les solutions pour le numérique. Il n’est nul besoin de tout réinventer.

18.55 – Aurélie Filipetti : l’augmentation du budget de la culture n’a pas été de 20% en cinq ans mais en fait entre 2 et 3 %.

18.59 – Alain Hayot : les directions régionales de la culture sont en très mauvais état. La culture subit une phase de sinistrose liée aux politiques des dernières années. De plus, inscrire la politique culturelle d’Etat dans une logique d’identitié nationale le terrorise, et c’est ce qu’a fait le président pendant cinq ans. Il suggère l’émergence d’un service public de l’Internet, sinon Microsoft et Google, c’est à dire le capital, va finir par mettre la main sur le web. Monsieur Hayot propose « une redevance indexée sur les revenus » + des « plateformes publiques de téléchargement ni libres, ni non faussées ».

On ne peut être complètement contre le peer to peer

19.08 – Arnaud Dassier : à chaque fois que l’Etat intervient sur le numérique, ça coûte cher et le résultat est mauvais. Mettre en place un catalogue est important, et l’Etat peut jouer un rôle, mais comme accompagnant. Le numérique, il faut le rappeller, permet à la production artistique de faire des économies d’échelle et d’être plus rentables, mais il faut les y aider.

19.11 – Hervé Pérard : l’offre légale n’est pas bonne à l’heure actuelle, et il faut l’encourager. On ne peut être complètement contre le peer to peer, car l’échange suscite un intérêt pour l’œuvre, qui bénéficie à son tour à l’artiste. On ne peut donc pas interdire l’échange non marchand. Il faut légaliser ce qui a présent est appellé erronément ’piratage’. Il faut changer les mots, et leur connotation, et derrière il faut mettre en place une contribution pour chaque internaute, environ de 5 euros, bien qu’il faut le retravailler, car c’est une base de discussion avec les partenaires. Ça dégagerait un milliard à un milliard trois euros.

19.15 – Arnaud Dassier : d’accord avec Hervé Pérard, mais il ne faut pas taxer plus qu’on ne l’est maintenant, car si on le fait on va freiner l’émergence d’acteur numériques français dans le domaine des offres légales.

19.18 – Aurélie Filipetti : Programme du PS en matière de culture et de numérique. Le PS ne considère pas que l’Internet est mauvais, mais il faut admettre que les richesses créées par le web sont captées par trop peu d’acteurs. Il faut supprimer l’Hadopi car l’Hadopi n’a rapporté aucun euros dans les caisses des auteurs tout en coûtant de l’argent. il faut remplacer un encouragement au développement massif des offres légales. En continuant avec la chronologie des médias dans le cinéma, et en soutenant le développent d’offres par abonnement. Il faut lutter contre les sites qui font de l’argent en faisant de la contrefaçon commerciale, c’est-à-dire ceux qui gagnent de l’argent sur des contenus piratés. Il faudrait une taxe sur les grandes entreprises du web. Il faut une nouvelle fiscalité sur les FAI. Pour cela il faut refondre la fiscalité des FAI, qui sont déjà mise à contribution pour la télévision et le cinéma, pour qu’elle contribuent au secteur culturel numérique. On pourrait élargir l’assiette des recettes afin d’obtenir une redistribution plus juste des richesses.

Favoriser la diversité contre cette concentration

19.30 – Franck Riester : pendant que la gauche et le modem font des programmes même pas fignolés, le président de la République agit depuis des années et se bat pour la défense du droit d’auteur et contre le téléchargement illégal, car sans cela on ne pourra mettre en place de l’offre légale qui tient la route. Il faut donc maintenir l’Hadopi et l’adapter à de nouveaux secteurs, tels que le jeu vidéo et le livre.

19.38 – Alain Hayot : l’industrie du disque ne souffre pas que du numérique. De plus, la gratuité mérite débat en matière de numérique. Peut on gérer les conditions de manière à ce que le partage soit gratuit ? C’est possible. Ainsi d’ailleurs que les transports en commun afin de faire baisser l’usage des voitures. Il ne s’agirait pas. Vraiment de gratuité mais d’usage libre. Comment financer ? En taxant Google ou Amazon ou des fournisseurs d’accès.

19.44 – Hervé Pérard : Il faut arrêter de voir l’Internet sous un jour négatif, comme tout le monde l’a fait dans ce débat. Il faut noter que les plus gros « pirateurs » et telechargeurs sont aussi ceux qui dépensent le plus en bien numériques, il ne faut donc pas les accabler.

19.45 – Aurélie Filipetti : Il y a une concentration dans le marché de la,musique, ce qui est un vrai problème (cf fusion EMI – Universal). Il faut donc favoriser la diversité contre cette concentration. Dans ce sens le CNM est une mauvaise idée car ses subventions iront essentiellement, 75%, à ceux qui ont effectué un chiffre d’affaires important, mettant à mal encore plus les plus petits.

Réponses concrètes

Fin du débat. Les échanges furent parfois vifs, notamment entre Aurélie Filipetti et Franck Riester. La discorde était purement politique, car sous des présentations divergentes, les deux points du vue de l’UMP et du PS sur la culture à l’ère du numérique sont en réalité plus proches qu’il n’y paraît. Plus inquiétant pour les filières culturelles, il convient de faire le constat suivant : alors que l’élection est toute proche, les candidats n’ont pas su apporter les réponses concrètes aux grands défis du numérique.
Pour les uns, la réponse doit venir de l’Etat, et de l’invocation d’une déité nouvelle : l’innovation. Et pour d’autres, notamment, le représentant du Modem, tout cela sera balayé si l’on ne prend garde à la capacité de « rouleau compresseur » des puissantes sociétés américaines du Net. Alors l’Elysée et Matignon seront ils encore une fois les derniers remparts de la culture « made in France » ? Aurélie Filipetti a bien compris cela, et la proposition de François Hollande de formuler une exception culturelle 2.0 va dans ce sens. Mais la réalité de la dégradation des rapports entre états européens impose que l’on s’interroge sur la faisabilité d’une telle entreprise. »

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