La musique numérique : un passage obligé ? (3/3)

3 – Une demande sociale ?

La demande de téléchargement, illégale comme légale, est aujourd’hui significative. Aussi mérite-t-elle qu’on y attache un intérêt scientifique – sociologique, économique, communicationnel, etc. On ne peut pas ignorer un tel phénomène dans la mesure où il s’inscrit dans le schéma général du secteur musical.

Dans le cas du téléchargement légal, le modèle numérique calqué sur le modèle des ventes physiques semble plutôt bien s’adapter. Le problème désormais est de combler les ventes physiques par les ventes numériques, ce qui est loin d’être le cas puisque chaque année l’écart se creuse un peu plus.

Dans le cas du téléchargement illégal, les modèles se sont érigés loin de ceux connus jusqu’alors, par des personnes physiques plutôt que morales, dans un système économique au départ désintéressé de tout profit.

« Les quatre millions de français téléchargeant au dernier recensement sont loin de le faire dans un esprit de « conquête », mais bien dans une démarche pragmatique : ils s’en détournent dès qu’un mode plus pratique et plus fiable leur est proposé »[1].

Cette remarque implique deux phénomènes.

Le premier évoque le désarroi des acteurs du secteur musical condamnant le téléchargement illégal. Ce dernier est non seulement technologiquement difficile à combattre, mais à chaque fois qu’il fut encadré par une loi, un nouveau mode de téléchargement succédait au précédent. Cela confrime la complexité du phénomène et la complexité d’une réponse à lui apporter.

C’est ce qui nous amène au deuxième phénomène. Celui-ci se situe plus dans l’impression que laisse l’histoire des plateformes de téléchargement illégal.

Les nouvelles technologies – au sens très large du terme – sont de plus en plus difficiles à s’approprier du fait de leur complexité et bien souvent de leur hybridation[2]. De ce constat on peut donc déduire que, si une technologie ne parvient pas à pénétrer une population, elle sera très vite délaissée. C’est d’ailleurs le cas d’un grand nombre d’entre elles qui ne parviennent pas à conquérir une part de marché, et tombe dans l’oubli. Citons pour exemple les télévisions 3D qui devaient envahir nos foyers. Il se trouve que leur taux de pénétration est très largement inférieur à la technologie de l’écran plat.

Dès lors, dans notre société actuelle, lorsqu’une technologie – ou un phénomène sociologique lié à une technologie – perdure, c’est qu’elle répond concrètement à une demande.

Jusqu’à ce jour, le téléchargement illégal a toujours su contourner les « barrages », la plupart du temps juridiques, qui lui étaient opposés. Il représente donc une problématique essentielle dans la consommation de biens culturels de nos jours.

Freiner ou supprimer d’éventuelles potentialités à ce phénomène pourrait avoir de grandes répercussions. En cela, la responsabilité des pouvoirs publics ainsi que des maisons disques est lourde de sens. Et malgré leur crainte légitime, ceux-ci ont certainement intérêt à prendre des mesures sur le long terme, plutôt que de « colmater les brèches » des problèmes actuels.


[1] Alban MARTIN, Et Toi tu télécharges ? Industries du divertissement et des médias à l’ère du numérique, op. cit., p. 5.

[2] Donnons pour exemple les nouveaux téléphones mobiles appelés smartphones qui incluent les fonctions de GPS, console de jeux, lecteur MP3, lecteur vidéo, lecteur radio, dictaphone, réveil, agenda, etc.

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