Il a fallut parcourir beaucoup de Distance pour arriver aux Grands espaces (2/2)

L’engament, la lutte, la révolte, la débâcle. Da Silva livre (comme toujours) bataille dans ces albums. Celui-ci est particulièrement sombre. Et ce dès les premières paroles, le ton est donné : Non je n’ai pas envie de rire / avec tous mes congénères.

Pas de Concessions donc, rien que du brut. Da Silva a tout de même le chic pour trouver LE son qui va bien pour chaque chanson. Tel piano ici, telle rythmique là, tel gimmick électro ailleurs.

D’une ouverture politique et politisée donc on passe à La Crise, qui prône l’alcool et « le cul ». Quoi de mieux lorsqu’il nous reste plus que ça ? L’album se poursuit par des tableaux impressionnistes en échelles de gris, qui semblent être les seules palettes de couleur de la pochette de cet album. Se tenant le front, Da Silva semble regretter (un acte manqué ? la consternation d’un monde en déroute ?) et pensif.

Da Silva cristallise des scènes de misère sociales contemporaines comme pour le Repas. il faut attendre Le Jeu pour respirer musicalement (avec des Synthé alla Justice), pas politiquement. De l’homme familial raté, on passe à l’homme socialement banni du monde du travail (le travail de l’amour ?).

Comme un huissier qui cogne à la porte pour entrer expressément, La fin du mois raconte un père qui ne sait pas dire à ses enfants que leur mère est partie. Pré-science de la chanson L’Escalier qui évoque ladite rupture. Arrive Les Stations Balnéaires, qui fonctionne très bien comme tube. Comme quoi Da Silva est aussi capable de ça.

Malgré toutes ces très belles écritures, le problème d’une écriture aussi sombre est qu’elle est impossible à tenir sur La Distance – sans mauvais jeu de mot – d’un album. Non pas qu’il faille forcément être enjoué de tout, mais écouter un album aussi dur, oblige une certaine condition physique et psychologique.

La fin est en beauté… de noirceur bien sûr. La Dernière personne comme ode à la dernière personne que l’on voit avant de mourir finit de ponctuer ce chemin musical, un peu comme la mort. L’allégorie est toute trouvée pour une dernière chanson.

Da Silva nous rappelle, comme un bruit grinçant d’ongle sur un tableau noir, que l’on n’est jamais obligé d’accepter l’inacceptable, et qu’il n’est jamais trop tard. La révolte n’est pas qu’un poing levé au ciel, elle possède aussi son lot de gravité.

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