Qu’est-ce qu’un oligopôle à frange ? (2/3)

Concentration horizontale, quézaquo ?

Dans les années 70, les labels indépendants représentaient encore une part significative du marché de l’industrie du disque. Mais trois phénomènes ont précipité ce secteur vers la forte concentration que nous évoquons.

Tout d’abord les différentes crises économiques – mondiales ou spécifiques au secteur – ont toujours favorisé le rachat de labels de tailles moyennes par les majors, laissant sombrer les labels de petites tailles. Ces rachats sont souvent des stratégies bénéfiques pour les majors qui s’ouvrent alors un marché en voie de développement lequel n’était pas le leur jusqu’à présent. Ils permettent aussi aux majors d’éviter une coalition de plusieurs indépendants qui les mettraient en situation de concurrence forte.

Ensuite, il est souvent arrivé que des majors fusionnent entre elles. A la fin des années 90, la société Seagram rachète en moins de vingt-quatre mois MCA-Universal et Polygram pour former Universal Music. Les deux majors se retrouvent alors en position de force face aux majors restantes[1]. Va s’en suivre une série de tentative de fusions. Sony et BMG vont recevoir l’autorisation de fusionner en 2004 par la Cour Européenne. Pourtant, sous pression des labels indépendants, le 13 juillet 2006, la cour de justice européenne désavouera la commission européenne[2] demandant le rétablissement des deux entités distinctes pour remédier à une concurrence plus juste. Se dirige-t-on vers une même « dé-fusion » entre EMI et Universal ? Peu de chances…

Depuis 2006, Sony s’est finalement résolu à racheter les parts de BMG : cette « pirouette » économique lui permet de garder son envergure concurrentielle.

D’autre part, la dernière fusion qui fut refusée est celle de Warner Music – qui ne dépend plus aujourd’hui de Time Warner – et d’EMI.

Dans un registre un peu différent, en 2000, lors de la fusion entre AOL et Time Warner, la Cour Européenne a validé cette fusion à la condition qu’AOL se retire de la distribution de musique en ligne, craignant l’abus d’une position dominante[3] : début de preuve que l’industrie du disque va de plus en plus se rapprocher des industries dites de « canaux ».

Enfin la troisième cause de la concentration horizontale est centrée sur le rachat de catalogues de droits : rééditions d’anciens albums, compilations thématiques ou d’un même artiste, coffrets[4]. Ces produits souvent marketing représentent une importante source de revenus pour les majors puisqu’il s’agit d’un tiers de leur chiffre d’affaire annuel[5].


[1] Alain CUBERTAFOND, « Concentration et internationalisation dans l’industrie audiovisuelle. Les Etats-Unis. », Réseaux, volume 17, n°96, 1999, p.234.

[2] Frederic DREWNIAK, « La Cour européenne invalide la fusion Sony-BMG », Centre d’Information et de Ressources pour les Musiques Actuelles (Irma) [En ligne], mis en ligne le 25/07/2006, URL : http://www.irma.asso.fr/La-cour-europeenne-invalide-la, consulté le 16/03/2011 à 14h42.

[3]L’ironie de l’histoire montrera qu’AOL ayant mal négocié l’arrivée du haut-débit n’a cessé de décroître, laissant Time Warner dans une situation économique déficitaire et menacée en termes d’image. AOL ferma ses portes en janvier 2010. Diane BERARD, « Personne ne comprenait ce que la fusion de AOL et de Time Warner apporterait », Les Affaires [En ligne], mis en ligne le 23/01/2010, URL : http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/technologies-et-telecommunications/-personne-ne-comprenait-ce-que-la-fusion-de-aol-et-de-time-warner-apporterait-/509008, consulté le 15/03/2011, à 15h40.

[4] Nous avons un bel exemple du classement annuel 2008 de compilations. De la deuxième à la cinquième position figurent des compilations sous le nom de la radio NRJ, alors que chacune de ces compilations émane d’une major différente : Sony Music, Warner, Universal Music et WEA.

[5] Isabelle CASIER et Benoit FRANCES, Musique : le marketing m’a tuée, Mango, Regards sur demain, Paris, 2003, p. 83.

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